De
Julio-Paquin, 2006
Turgeon,
2004
Grande, 1998
De
Julio-Paquin, 1998
Gélinas,
1987
|
DIANE
TREMBLAY : LA
MALLÉABILITÉ DE LA MÉMOIRE
Les
artéfacts et les éléments que
retravaille, colore,
tisse et construit Diane Tremblay font allusion à une
mémoire culturelle collective. Ces œuvres d'art,
fruits
d'un travail laborieux, fusionnent objets appropriés,
textiles
et matériaux manufacturés (qui sont tous des
dérivés de la nature) pour créer
d'étranges
formes hybrides. L'utilisation des textiles qui prédomine
dans
l'art de Tremblay est une évolution naturelle des
premières peintures et constructions tridimensionnelles que
l'on
a pu voir dans des expositions telle que Femmes Forces,
l'impressionnante exposition d'art contemporain fait par des femmes
présentée en 1987 au Musée du
québec.
Contrairement
aux artiste italiens pd de l'Arte Povera, qui s'appropriaient
également des matériaux et juxtaposaient des
objets pour
faire des déclarations sociales, Tremblay fait allusion au
danger qui menace l'identité et la "persona" humaines, et
même la culture en général, dans la
société contemporaine. C'est le croisement de la
culture
humaine et de la culture de la nature (que l'on peut lire dans le
message sous-jacent au recadrage du langage de la production
matérielle) qui donne à l'oeuvre de Tremblay son
aura de
mystère. Les formes de croissance biomorphiques qu'elle
crée font également alllusion à nos
origines
naturelles et à notre dépendance incessante
envers les
ressources de la nature, malgré l'effacement de la
mémoire et de l'identité qui accompagne le cycle
épuisant de production, de fabrication et d'images de la
culture
contemporaine de consommation.
Lorsque les objets et les
éléments "fabriqués", dont plusieurs
ont
déjà une histoire reconnue en tant que
vêtements,
objets ménagers, etc., sont retravaillés pour
devenir des
sculptures murales et des installations, une étrange forme
d'altération survient. L'objet est reformulé, ce
qui nous
oblige à réinterpréter notre
première
lecture de l'œuvre. Ceci explique l'hybridité
inhabituelle
de l'art de Tremblay. Nous comprenons et sommes familiers avec
l'utilité, l'histoire et le caractère des
matériaux que Tremblay retravaille, mais ainsi
transformés en énigmes ontologiques, ces
matériaux
soulèvent des questionnements sur l'identité
personnelle
de l'expression. Le langage de la fabrication, de la production et de
la haute technologie a placé l'imagerie au premier plan au
détriment de l'expérience tactile
réelle du monde
qui nous entoure.
Nous la voyons construire une structure
ouverte avec du contreplaqué
récupéré dans
un chalet de la région du Saguenay. Matériau
structurel
autrefois fonctionnel, il a été
abandonné. Il
devient maintenant un "mur" ouvert dont un côté
est peint
en rose et l'autre en bleu pâle. On retrouve ici des
allusions
à la dualité yin-yang, mâle et femelle,
qui est en
chacun de nous. Un œuf elliptique fait à partir
des
propres vêtements de Tremblay et attaché avec de
la
ficelle est placé au premier plan, symbole
énigmatique et
puissant du cycle de la gestation, de la naissance et de la vie. Fait
de vêtements mis au rebut, armures autrefois
portées sur
nos corps pour être ensuite abandonnées, cet
"œuf"
fusionne l'allégorie personnelle à l'histoire
structurelle officielle et sociale des murs qui sont
derrière
lui. Tant les murs que l'œuf ont été
jetés,
récupérés et reformés pour
acquérir
une nouvelle signification.
L'ironie inhérente au fait de
prendre quelque chose qui a déjà eu une
utilisation ou
une fonction pour ensuite le retravailler et lui donner une forme
naturelle est intentionnelle. Dans Méduse, par exemple, une
méduse a été construite à
partir de
vêtements, de tapis recyclé et de corde. Des
matériaux manufacturés sont utilisés
pour
représenter une forme biomorphique tridimensionnelle. Dans
Mémoire, où Tremblay a collé sur
l'armature de
métal d'un canapé mis au rancart des centaines de
minuscules carrés de papier, colorés à
la main
avec de l'encre pour créer un effet de vitrail, l'aspect
minutieusement laborieux de l'art de Tremblay devient presque
grotesque. Une structure de soutien faite de vieux stores a
également été tissée
à
l'arrière de Mémoire. En un sens, Tremblay
déconstruit des matériaux
préfabriqués et
les refabrique en allégories de la
contemporanéité, cernant la façon dont
nos
mémoires et nos identités nécessitent
une forme
d'effacement née de la production, du remplacement et du
déplacement incesssants des objets, des matériaux
et des
gens dans la société contemporaine de
consommation.
Tremblay joue avec l'ambiguïté essentielle de la
"persona"
sociale, en présentant simultanément plus d'un
sens dans
la reformation inlassable de matériaux en objets d'art.
John K. Grande
traduction: Monique Crépault
Texte inédit
John
K. Grande, journaliste et critique d'art, vit et travaille à
Montréal depuis 1987. Diplômé en
histoire de l'art
de l'université de Toronto, il a contribué
à de
nombreux magazines d'art: Artforum International, Vice Versa,
International Sculpture, Espace Sculpture, Vie des Arts et Canadian
Forum. En 1994, Espace Sculpture lui décernait le prix Lison
Dubreuil de la critique d'art.
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