De
Julio-Paquin, 2006
Turgeon,
2004
Grande, 1998
De
Julio-Paquin, 1998
Gélinas,
1987
|
COMME UNE VRAIE
PIÈCE
DIANE T. TREMBLAY
LA PIÈCE
École Nationale de Théâtre
Du 26 mai au 7 juin 1987
Franchir
le mur de la contemplation silencieuse, matérialiser
I'imaginaire en trois dimensions, affirmer ainsi le mouvement du geste
créateur. Engager le «voyeur» dans la
reconstruction
d'une aventure intime. Des pistes, des traces, des balises, des objets,
des images d'un sens à peine connu de qui les livre,
s'eclairant
et s'occultant dans un jeu de ressac. Savoir, ne plus savoir, retenir
entre ses doigts, laisser filer, reprendre, oublier. Rester
là
devant, s'y projeter, écouter, chercher I'anecdote, se
surprendre à glisser. Revenir.
Une Pièce
à double sens: les 6e et 7e de la seconde
catégorie des
significations répertoriées par monsieur Robert -
chez
lui, l'ouvrage dramatique précède I'espace
d'habitation
cloisonné. Double Pièce. Une intrigue s'inscrit
dans un
lieu. Une femme, à l'avant-plan, sommeille,
léchée
par une eau intruse. Une table, dessus, des choses, c'est flou.
Derrière, une autre femme, peut-être la
même. Au
fond, deux chaises de cuisine vides, l'image seulement. Sur les murs,
en surimpression, des nuages. La lumière du jour entre
à
fiot. Il y aurait là, nous dit la voix de l'artiste, deux
personnes, un homme, une femme, qui se parlent d'amour.
Témoin,
cette autre femme, qui peut tout bouleverser si seulement ils savaient
qu'elle est là. Mais peut-être n'y est-elle pas
vraiment,
rêverie de celle qui dort, assise, à l'avant-plan,
seule.
Assise comme l’autre, derrière, invisible, qui
n'est pas
seule. Le temps passe. Dans le corps, l'émotion,
à grand
trait rouge, plus prégnante. L'espace de la maison,
revêtu
des couleurs intérieures. Et l'histoire se
répète,
à l'infini. Sans milieu, sans commencement,
inépuisable.
Le
temps court et revient sur ses pas, la matière s'offre au
regard, presque au toucher. A mi-chemin entre le tableau en aplat et la
performance des vivants, l'installation, timidement, sans obliger
personne, intervient dans l'ordre du monde. Les objets en deux
dimensions accrochés quelque part forcent l'attention,
plusieurs
instants, se laissent oublier, mais n'en dérangent pas moins
pour toujours. Les humains en représentation transportent
ailleurs et soulèvent
d'éphémères vagues de
fond. La Pièce, vingt-huit jours, de par son existence
même dans un lieu circonscrit, reconnaissable et
transformé, trouble.
Comme un auteur son texte, comme
un comédien ce qu'il rend d'un personnage, Diane Tremblay
habite
La Pièce. Elle y retrouve ses univers
mélangés, la
nature première, la ville apprivoisée. Un
intérêt, tout récent, pour
l’autoportrait.
L’écriture, inséparable de peindre et
de
construire.
Une de ses toiles est sur tous les murs
d'affichage sauvage de Montréal: elle a connu
l'étrange
destin de devenir affiche. Voyez l'ombre du personnage: elle est
lumineuse. Apparue là par hasard, une superbe
métaphore
du théatre et de la vie.
Aline Gélinas
Publié dans le Catalogue Festival de
Théâtre des Amériques,1987
Au
cours de sa carrière, Aline Gélinas a
été
directrice de l'Agora, auteure et critique pour les journaux La presse
et Voir. Elle a aussi assuré la direction artistique du
documentaire sur la danse au Québec, «Corps
à
corps», réalisé par Jean Claude Burger.
Retour
au début
|