De
Julio-Paquin, 2006
Turgeon,
2004
Grande, 1998
De
Julio-Paquin, 1998
Gélinas,
1987
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LE POUVOIR DE
TRANSMUTATION
USURE ET UTILITÉ : OBJETS RÉCENTS
1996-1998 OEUVRES DE DIANE TREMBLAY
Centre d'art Belgo
du 2 au 31 mai 1998
En
parcourant les oeuvres de l'exposition Usure et utilité:
objets
récents, le public aura sans doute ressenti l'audace de
Diane
Tremblay à valoriser aujourd'hui, un art où la
trace de
l'artiste, étroitement liée à la
transformation
d'un matériau usuel et quotidien, récuse
l'intention
purement scientifique de fabriquer un objet usiné, de nature
high tech, industriel ou virtuel. Ce qui intéresse
l'artiste,
c'est d'investir sa propre identité en
privilégiant un
savoir-faire où la technique, au premier abord artisanale,
ne
vise qu'à nous renvoyer un certain miroir de la
réalité et du vécu social. C'est
pourquoi les
travaux de l'artiste s'inspirent davantage des
procédés
issus des mouvements tels l’ Arte Povera et le Pattern and
Decoration plutôt que le Minimalisme où l'oeuvre,
à
caractère impersonnel, se détache de toute
représentation subjective et individuelle.
En
utilisant, par exemple, ses propres vestiges, vêtements ou
meubles usés qu'elle récupère,
l'artiste affronte
et questionne l'aspect éphémère et
temporaire de
l'existence en vouant à l'objet un pouvoir et une
capacité à se mouvoir vers une seconde
étape.
Transition, survivance, continuité: derrière le
matériau altéré et recyclé,
c'est bien sur
l'individu qui interpelle sa propre métamorphose. Ainsi, si
les
accessoires et les vêtements se démodent et
s'usent, ils
s'associent dans le contexte de cette exposition au mode analogue des
cycles biologiques et naturels sans cesse en situation de
transmutation. L'oeuvre devient un témoin,
élevant sa
propre matérialité au rang de
métaphore de la vie
humaine et de son désir de pérennité.
Derrière
cette nécessité de faire revivre et de
perpétuer,
c'est toute la quête du souvenir mnémonique qui
est
évoquée. D'ailleurs, Diane Tremblay en optant
délibérément pour une
démarche à
caractère artisanal, lie justement le geste
créatif
à la poursuite et à la
prééminence de la
vie à travers l'acte traditionnel de nouer et de tisser.
ElIe
double ce rapport d'un autre sens: celui de la survivance d'une culture
à la fois familiale et ancestrale marquée,
notamment, par
le labeur du travail manuel. Fidèle à son propos
et
à sa méthode, Diane Tremblay s'approprie cette
réalité en plongeant dans l'exploration de sa
propre vie.
Chaque accessoire a une histoire relative a l'environnement de
l'artiste qui, en le transformant en propose une autre image et une
autre signification. L'objet quitte ainsi le domaine de l'intime et du
privé en devenant un produit culturel connoté et
largement rattaché à l’univers d'une
collectivité. Au-delà des symboles et des
associations
interprétatives, les travaux de Diane Tremblay offrent une
plasticité à la fois grave et joyeuse, ludique et
critique. L’ artiste questionne le rapport de l'objet
à
l’espace en insistant sur la verticalité des
formes,
celles-ci le plus souvent supportées par le mur. D'ailleurs,
quelques titres reprennent des termes liés au
bâtiment
tels corniche et gouttière. La matière
ficelée et
attachée s'érige en une structure où
alternent,
dans une facture brute, la couleur des tissus et les motifs ainsi
créés. Le tableau présent agit comme
le miroir du
renvoi de la couleur dans la matière.
À travers
le travail d'intervention et de modification de ce qui semble inutile
et encombrant, la production d'ensemble est
caractérisée
par des préoccupations omementales et
décoratives. Les
oeuvres composent une architecture visuelle où les formes
organiques se déploient dans une recherche du sens mais
aussi en
un plaisir esthétique. La réunion de ces deux
entités constitue,à notre avis, l'une des
qualités
premières de cette exposition. Avec cet
événement,
Diane Tremblay poursuit une réflexion amorcée
depuis plus
de dix ans lors de sa participation à l'exposition
Femmes-Forces
au Musée du Québec en 1987. L’ artiste
interroge
ici, par le biais d'une sculpture allégorique, cette
même
identité du sujet face à l’histoire et
à la
mémoire.
Jean Paquin
Paru dans la Revue Vie des arts, No 172, Automne
1998
Chargé
de cours au département d’histoire de
l’art de
l’UQÀM de 1977 à 1985, Jean De
Julio-Paquin
enseigne au département des arts visuels du Cégep
André-Laurendeau depuis 1993. Il est membre du
comité de
rédaction de la revue Vie des arts et collaborateur
à la
revue Formes. En 1996, il publie aux Éditions Hurtibise HMH
le
livre Art, public et société,
l’expérience
des Maisons de la culture de Montréal. De 1983 à
1988, il
a oeuvré à la ville de Montréal
à titre de
directeur de la Maison de la culture Côte-des-Neiges.
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